Nous ne vivons pas pour les élections.

Si nous sommes attirés les uns vers les autres, de camarades vers des camarades, ce n’est pas seulement parce que nous analysons le monde, la société humaine à la même aune. C’est aussi, et en fait surtout, parce que nous sommes semblables en termes de sensibilité.

Nous sommes des êtres sensibles, très sensibles. Des êtres faits pour comprendre tous les atypiques inadaptés à ce monde, les “handicapés”, les “fragiles”, les inadaptés presque comme nous le sommes. “Presque” car nous sommes, nous, sur cette ligne de crête, pas totalement inadaptés, ce qui nous permet d’entrevoir l’ignominie de cette société, mais suffisamment inadaptés pour ne pas l’accepter.

Nous sommes des êtres sensibles se sentant présents au monde dans “La Mémoire des vaincus” (la nôtre), pleurant devant “Vas, vis et deviens”, désespérant devant “Valse avec Bachir”, l’envie de vomir ou de pleurer nous submergeant au moins à un moment de chaque journal télé, télé que nous avons bannie de nos vies depuis longtemps déjà.

Nous sommes donc, malgré notre intelligence qui happe le marxisme, des êtres sensibles. Et c’est justement pour ça que nous ne sommes pas marxistes. Oui nous avons une conscience de classe. Oui nous savons qu’une minorité exploite la majorité. Mais nous ne voulons pas prendre le pouvoir, car nous savons qu’il est froid et qu’il finit par submerger de sa froideur n’importe quel être chaud qui bouillonne contre l’Injustice de ce monde.

Nous sommes donc anarchistes, ceux qui n’ont ni dieu ni maître, nous sommes des noirs, toujours minoritaires, toujours trahis, toujours battus parce que nous ne sommes pas capables d’être suffisamment inhumains.

Mais à chaque génération nous nous relevons, nous sommes toujours là. Nous n’invoquons pas la raison bien qu’elle soit probablement de notre côté, l’expérience historique le rappelant, la catastrophe écologique le prouvant. Non, nous n’invoquons ni la raison ni même la passion car on peut parfois succomber de manière irraisonnée à une idéologie, aux talents d’un tribun.

Mais il n’est pas de sauveur suprême, et n’importe quelle sœur et n’importe quel frère peut être corrompu par n’importe quelle forme que puisse prendre la soif de reconnaissance.  Alors reconnaissons-nous nous-mêmes.

Ayons confiance les uns envers les autres, ayons confiance en l’amour qui nous lie, en la vérité qui nous guide, en l’éthique immuable que nous avons choisie, celle de la souveraineté de l’individu tempérée par le besoin d’être ensemble sur un pied d’égalité et de fraternité.

Soyons fidèles à nous-mêmes.

Chassons les marchands du temple, ou bien chassons les capitalistes de la sociale, et proclamons-la.

A bas l’argent, à bas l’Etat, à bas le capital. Ni dieux, ni maîtres. N’ayons pas peur de la liberté, vivons-la. Quant à ceux qui nous en empêchent, qui veulent nous réprimer ou nous gouverner, ce sont nos ennemis. Ils ont peur de la Liberté car elle les traverse mais ne leur appartient pas. Et ils sont conditionnés à ça : pour eux elle devrait s’acheter ou ne pas exister.


Nous sommes ingouvernables, car nous sommes libres.

A bon entendeur-e.

Admin