Une manif d’ampleur mais chiante

Mardi 17 décembre, 12e jour du mouvement contre la réforme des retraites (et aussi contre Macron et son monde capitaliste, son monde de vente des conquêtes sociales aux copains businessmen).

Les fêtes de Noël et ce genre de conneries mettant du baume aux cœurs approchant, ça plus la pluie, on pouvait s’attendre à être moins nombreux que le 5. Et effectivement c’est ce qui est arrivé, mais heureusement nous n’étions pas non plus un nombre ridicule. Au moins 5000 à La Rochelle, soit pas beaucoup moins que le 5.

Oui nous étions nombreux à cette manif malgré une légère baisse, et ce alors que la puissante CFDT et ses 15 militants étaient de la partie.

Non, les considérations de nombre, lorsque c’est à peu de choses près, nous n’en avons cure. Par contre que c’était mou ! Les cortèges ont défilé en bon ordre, ont été peu bruyants et n’ont pas dévié d’un yota du parcours déclaré et balisé par les flics. Zéro blocage, zéro action.

On ne peut donc qu’approuver le point de vue de Paco, prof d’éco et de droit interviewé par Mediapart dans la manif :

J’en ai marre des manifestations saucisses merguez » Devant plusieurs syndicalistes, il répète : « On va chez les riches, portez vos couilles. » Une syndicaliste lui répond qu’elle n’est pas responsable du parcours. Plus tard, il précise : « Arrêtons de chanter la révolution. On la fait. On est plusieurs millions et à la moindre petite grenade, on part. J’en ai marre des manifestations saucisses merguez. Le flic arrive, nous fout une grenade dans les jambes. Ils en ont plus rien à foutre de nous. C’est la milice, pas la police. Dès qu’il y a un pétard, il n’y a plus rien. Il faut que les syndicats réfléchissent au parcours. Ici dès que c’est nassage, gazage, sommation, tout le monde part. Moi, je veux aller manifester dans les beaux quartiers. Qu’on aille chez les riches. Qu’on pose un vrai problème économique. Que les boutiques de luxe ferment et que les hôtels de luxe aient peur. Là, on gêne qui ? Les syndicats doivent arrêter de nous emmener dans des guet-apens. »

Alors que font les syndicalistes les plus énervés ? Où est la frange anarchosyndicaliste de la CGT ? Pourquoi les étudiants ne cherchent  pas à partir en manif sauvage ? Autant de questions sans réponses, mais que nous chercherons dans les jours qui viennent…

Ailleurs en France des initiatives de grévistes sont pourtant prises et vont dans le bon sens : à Bordeaux par exemple la CGT Energie a coupé le courant à 3 sièges sociaux de banques et à CDiscount (qui est malheureusement équipé d’un système électrique de secours qui a pu prendre le relais presque aussitôt). Leur communiqué sur le sujet :
https://fr-fr.facebook.com/cgte33/posts/2640077716226162?__xts__%5B0%5D=68.ARApy-TdUrk427NTCclSeakfJouTdvCKZdPS6H1CSxAkqbYUd6uyatkbHJReq6UIwhP-LrsVzx73Rl2H1IyGNDS5TfF6LQs6eKqadGAkQl-vpOQGnpmmNpLfbs3YKBEPHyI6pQ9D2G0cN5SVRCnLAW_vBww1cgOaD5EP08Q0RnXnDL1dvw9tAx88cCYl0GC6YhVuzH8MX7RqsuOS2zUPsdAXV1LGFnguJ6v1RFqIpjBZHwApkWQAKMENqtlMiy-weyySkin2U95ULd1O3lIChiOwbm5IZ44vZlYQcSLVcxsxkerG9J8HXEYm-pDAaMYxlP9kFyhE4WCCrUJ0o-gIuxovKISx&__tn__=K-R

Et à Nantes en pleine manifestation, vers 13 h, un groupe de personnes en tenues de travail portant pour certains des chasubles de la CGT sont entrées sur le site EDF des Tanneurs au cœur de Nantes. Une coupure volontaire de courant : l’alimentation d’un poste source a été interrompue. 5000 personnes privées de courant dans le centre-ville, notamment tout le secteur autour de la préfecture ! L’initiative a réjoui de très nombreux manifestants.

C’est exactement le genre d’initiatives qu’il nous manque à La Rochelle. La veille de la manif, Sud-Santé est par exemple allé faire chier le Conseil Municipal en pleine cession pour interpeller les politiciens sur la situation gravissime de l’hôpital de La Rochelle. Mais ils n’en ont eu cure et le cours normal de leur normalité bourgeoise a pu reprendre son cours.

L’objectif d’un mouvement social, s’il doit devenir révolutionnaire, est justement de RENDRE IMPOSSIBLE LE RETOUR A LA NORMALE.

C’est pourquoi nous devons multiplier ce genre d’initiatives (que ce soit celle de Sud-Santé ou celle des gens qui ont investi la Maison des Syndicats avant d’en être expulsés) et les inscrire non pas dans la routine mais dans la durée. Que chaque semaine il se passe quelque chose, que chaque jour il y ait une initiative contre ce monde, ses politiciens, ses patrons, ses petits chefs. Et qu’à chaque étape nous comprenions que nous pouvons nous organiser sans eux, sans le Capital et ses marchandises, sans l’Etat et ses gestionnaires.

Gouvernement, patrons, syndicats mous, débordons-les !

Expulsion de la Maison du Peuple pendant la manif

Mardi 10 Décembre avait lieu une nouvelle manif nationale contre la réforme des retraites (et contre celle de l’assurance-chômage et plus généralement contre Macron et son monde capitaliste).

A La Rochelle, plusieurs milliers de personnes étaient présentes, sans doute moins que jeudi, mais on n’était certainement pas très loin des 5000 manifestants. Partie de Verdun vers 14h30, la manif est passée devant la Maison du Peuple puis s’est rendue vers Lagord où les flics étaient massivement postés aux accès qui auraient permis de bloquer la rocade une fois encore.

C’est pendant que les gens défilaient que la mairie a décidé de frapper : le directeur de cabinet du maire, accompagné de policiers municipaux, a pénétré dans la Maison du peuple qui n’était alors pas barricadée, les habitants croyant naïvement que l’attaque n’interviendrait qu’une fois le reste de matériel de la CGT évacué.

Les quelques personnes restées sur place pendant la manif ont été sommées de quitter les lieux, mais on leur a quand même laissé évacuer quelques affaires.

Plusieurs manifestants, mis au courant par téléphone de l’attaque par leurs camarades restés sur place, ont alors tenté de convaincre la manif, bloquée devant les flics, de revenir en centre-ville pour défendre la Maison du Peuple. Lentement, trop lentement, les manifestants ont reflué vers la place de Verdun et une partie d’entre eux est venue se joindre aux personnes expulsées qui protestaient dehors.

Les quelques centaines de personnes arrivées en soutien, échaudées par une présence policière entre-temps renforcée, ont alors manqué d’audace et n’ont pas vraiment essayé de reprendre immédiatement possession des lieux que des agents de la mairie étaient en train de barricader. Ils ont bien tenté de rentrer par les fenêtres de la salle où des syndicalistes de Sud Solidaires tenaient une réunion (mais pourquoi n’étaient-ils pas en manif ceux-là ?) mais les flics les attendaient à la sortie de la salle pour les obliger à ressortir immédiatement.

La Maison du Peuple de La Rochelle n’aura donc tenu que 6 jours. Espérons qu’une nouvelle émerge bientôt !

Grève des 5 et 6 décembre à La Rochelle

Jeudi 5 décembre, la grève a été assez suivie à La Rochelle, notamment par les Cheminots mais aussi par les agents territoriaux, les instits et les profs (facs, collèges, lycées) les dockers, des ouvriers d’Alstom et de Léa Nature…

Vers 14h, les étudiants qui bloquaient la fac de lettres, langues, arts et sciences humaines sont arrivés en cortège avec leurs enseignants en grève et accompagnés de lycéens qui avaient tenté sans succès de bloquer leurs lycées tôt le matin. Une demi-heure plus tard, la manif s’est élancée sur le boulevard Joffre pour rejoindre le boulevard Sautel, passant sous le pont Jean Moulin. Sur celui-ci, une banderole était déployée depuis la veille au soir : « Levons-nous Femmes, jouissons sans entraves ». D’autres banderoles avaient été déployées pendant la nuit, notamment sur les ponts passant sur la rocade. Nous avons pu lire sur l’une d’entre elles : « Exproprions les patrons ».

Environ 7 à 8000 personnes présentes, pas un record (il y avait 10000 voire 12000 personnes contre le CPE en 2006 et contre la précédente réforme des retraites en 2010), mais quand même une très grosse manif pour un début de mouvement. Il faut dire qu’avec des appels à la grève lancés parfois depuis plus de deux mois, on ne pouvait en attendre moins !

Les manifestants ont remonté tout le boulevard Sautel jusqu’à se rendre sur la rocade, la bloquant deux heures environ. Comme d’habitude, les syndicats, mis à part certains de leurs adhérents, ont quitté les lieux assez rapidement ne laissant progressivement sur place que les gens les plus déterminés, notamment les Gilets Jaunes et les libertaires.

Peu nombreux, les policiers rochelais ont dû faire appel aux CRS pour faire dégager les manifestants restés sur la rocade. Les flics ne les ont pas lâchés d’une semelle, les repoussant jusqu’à la gare. Nous avons assisté à quatre interpellations. Ceux-ci ont accepté la comparution immédiate : sur les quatre hommes, un menuisier et un routier tous deux au chômage et deux salariés précaires, ont écopé de 2 à 3 mois de prison avec sursis tandis que le 4e, tabassé par les policiers, a été relaxé.

Vendredi 6 décembre, beaucoup de salariés avaient malheureusement repris le travail, notamment nombre de profs qui ont l’habitude de ne pas faire grève le vendredi afin de ne pas être comptés grévistes tout le week-end (pour ne pas perdre trop de salaire). En fait, à La Rochelle, seuls les Cheminots, les militants syndicaux et des Gilets Jaunes semblaient avoir reconduit la grève, et les étudiants continué de bloquer la FLLASH.

Une manif beaucoup plus modeste vendredi donc. Mais une forte volonté de ne pas s’arrêter là, une forte volonté de discuter entre les grévistes, les gilets jaunes et les différents groupes militants, une forte volonté de maintenir l’unité pour gagner. Après quelques prises de paroles de la CGT, les manifestants se sont élancés vers le Vieux Port puis sont passés près de la mairie. Enfin, passant devant la Maison des Syndicats, des manifestants ont pénétré à l’Intérieur alors que la CGT voulait y déposer son matériel. Certains se sont mis à scander « occupation, occupation ! » et ont profité de l’occasion pour visiter l’énorme immeuble qui accueillait les locaux syndicaux depuis plus de 70 ans et que la mairie vient de vendre aux enchères pour environ 5 millions d’euros.

Une bonne centaine de manifestants se sont alors spontanément installés dans la salle de réunion la plus grande du bâtiment, la salle Amos Barbot, (bon il y a bien l’Oratoire qui jouxte le bâtiment et qui encore bien plus grand, mais une expo à la con y avait lieu).

Débattant pendant plus d’une heure, plusieurs propositions ont été discutées, notamment celle d’occuper le bâtiment pour en faire un QG du mouvement, proposition qui a été approuvée par acclamation. La direction départementale de la CGT a alors pris peur : impossible pour elle de soutenir une occupation par définition illégale. Elle s’est donc opposée vivement à cette proposition, et ce contre l’avis d’une partie de ses militants et responsables locaux. S’en est suivie une engueulade et un départ en masse de Gilets Jaunes et de militants mécontents. Mais certains sont néanmoins restés et ont décidé de lancer l’occupation des lieux !

Voici leur communiqué publié samedi 7 :

Vendredi 6 décembre, à la suite de la manifestation partie de la gare de La Rochelle, les manifestants ont investi la Maison des Syndicats.

Le bâtiment a été vendu par la mairie et les syndicats ont déménagé dans de nouveaux locaux.

Cette maison historique, bourse du travail du mouvement ouvrier depuis environ ¾ de siècle, est le lieu par excellence pour créer la Maison du Peuple que beaucoup d’entre nous (militants, Gilets Jaunes, personnes syndiquées ou non) veulent ouvrir depuis longtemps.

Pour s’organiser face à ce gouvernement au service des riches qui détruit tous les acquis sociaux obtenus dans le sang par la classe ouvrière, venez nous rejoindre. Nous avons maintenant les locaux mais tout reste à faire.

Ce lieu pourra être un espace autogéré d’organisation, de réunion, de coordination, et de rencontre autour d’une bouffe ou d’un café.

En bref vous y êtes bienvenue, venez quand vous voulez. Pourquoi pas tout à l’heure avant ou après la manif d’aujourd’hui ?

Contre le chômage et la précarité :

RDV 14h place de Verdun aujourd’hui samedi, et RDV à la Maison du peuple (entrée par le côté parking, derrière).

P.S. : Vous pouvez nous soutenir en apportant du matériel (matelas, couvertures..) ou de la nourriture…

Soupe populaire à La Rochelle

Mercredi 27 novembre, une soupe populaire a eu lieu à La Rochelle. Organisée à la va-vite en deux jours par un petit collectif constitué de quelques gilets jaunes, de militants anticapitalistes et antifascistes, elle a permis de nourrir une quarantaine de personnes, pour la plupart sans-abris.

Sous l’impulsion de quelques personnes motivées, du glanage a été effectué auprès de plusieurs commerçants et de magasins, parfois directement dans les poubelles. Des dons ont permis d’acheter ce que le glanage n’a pas permis de récupérer comme du sucre, du café et du sel.

L’expérience sera-t-elle réitérée ? « On voudrait bien le refaire dans l’hiver et même pérenniser le truc, pourquoi pas créer une association, une cantine de luttes » nous dit un militant anticapitaliste qui a participé à l’action.

Alors une cantine des luttes à La Rochelle ou simplement un collectif organisant ponctuellement des soupes populaires ? L’avenir nous le dira. En tout cas les organisateurs aimeraient tous réitérer l’opération et, pourquoi pas, disposer d’un local pour s’organiser plutôt que chacun chauffe chaque plat au dernier moment chez lui.

Une affaire à suivre donc.